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Dans cet article j’aborderai le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement.

Il sera illustré par un Passage télévisé de Patricia Blain dans l’émission “ensemble c’est mieux” sur France 3 bretagne.

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Il y a toujours eu dans les cours d’école, des souffre-douleurs, des enfants qui subissent les moqueries d’autres enfants. Cela par des propos stigmatisant, désobligeant et se perpétuent en attaques incessantes. De nos jours, le harcèlement est pris en compte et considéré. Ainsi des associations, des numéros verts d’urgences sont créés pour ne pas rester seul. Par le biais de la littérature, des écrivains sensibilisent aussi sur ce point de souffrance où le silence est l’autre donnée violente.

Comme vous le verrez dans cette émission, où je suis invitée, « le harcèlement scolaire : en parler pour s’en sortir », des enfants aussi se mobilisent pour prévenir l’escalade qui peut toucher tout le monde, dans un bel acte de solidarité.

Le sujet commence à 1’45 et mon intervention à partir de 9’25.

Sur quoi débute le harcèlement scolaire ?

Il peut commencer à partir d’une différence qui va être pointée. Cela peut être une taquinerie portant sur le physique (un handicap, une couleur de cheveux, le style de vêtements…). Cela peut aussi être sur une attitude personnelle (timidité, rougissement…), une moquerie sur des résultats scolaires, sur le milieu social de la famille…

Le harcèlement scolaire peut aussi débuter par une dispute autour d’un jeu, une plaisanterie où l’autre est ridiculisé et plus respecté.

Nous sommes tous heureusement des êtres singuliers. Seulement pour diverses raisons, un enfant ou un groupe va s’en prendre à la particularité ou la réaction du camarade et le groupe pour se sentir unifié va rejeter l’altérité.

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Le harcèlement débute dans les faits sur une remarque sur une différence, une moquerie sur un trait physique, une dispute autour d’un jeu…. mais c’est avant tout la rencontre de deux jeunes en souffrance.

Bien souvent, l’enfant qui reçoit la moquerie ou l’agression se trouve dans l’impossibilité de se défendre. Il peut être sidéré, se sentir humilié sur ce qu’il ressentait peut être déjà comme une difficulté ou une faiblesse. Par ex, il est malheureux des disputes de ses parents. Il est inquiet et se sent fragilisé, il a peur d’une séparation. Son malaise peut se traduire dans son attitude par de la gêne, un retrait. Cet épisode familial traversé dans un moment de sa vie d’enfant, peut attirer une remarque. Puis une deuxième et les choses s’enchainent à devenir sa réalité. Alors que rien au départ ne prédisposait cet enfant à être victime de remarques et de harcèlements.

Le harcèlement scolaire prend forme dans un espace tacite entre le jeune qui se moque et le jeune qui le subit. L’impuissance à riposter génère un pouvoir de force chez celui qui harcèle. Si il y a témoins, cela amène « une popularité ».

Etre populaire est aussi un enjeu ?

Oui, beaucoup plus que l’on ne le pense. Dans les cours et dans les activités extra-scolaires, se tissent de façon implicite des codes d’appartenance. Un jeune va porter la direction de ce mouvement, par sa popularité.

Cela tient à son charisme, l’aura qu’il dégage. Les jeunes eux-mêmes ont du mal à décrire les critères, si ce n’est qu’il est « cool ». (cela tient subtilement à son style vestimentaire, son audace, son aisance, sa gentillesse et aussi la crainte qu’il/elle suscite…). Ce jeune va attirer à lui les autres. Il sera implicitement convenu qu’il est bon de faire partie de ses amis. Se constitue une bande autour du ou des populaires. Appartenir à son sillage ou dans son groupe est un enjeu avec la crainte de ne plus en faire partie.

La/le populaire est donc une personne d’influence, par ses propos et attitudes. Un pouvoir sous-entendu lui est conféré.

Cependant, le dit populaire peut aussi perdre cette place convoitée. Il peut aussi se retrouver victime de rejets, propos verbaux violents lors d’enjeux de place et de pouvoir.

Dans le harcèlement scolaire, y a-t-il un profil du harceleur ou du harcelé ?

Dans nos représentations, on se fabrique une image des profils. Ces figures ne servent pas et ne témoignent pas de la grande souffrance des deux jeunes. L’un se trouve dans un moment de vulnérabilité et peut facilement devenir le bouc émissaire d’un autre qui souffre également ! Oui, le jeune qui harcèle est aussi en grande souffrance, pour devoir se conduire ainsi dans sa quête de pouvoir, de rejet de l’autre, voire d’agressions physiques, et de recherche de popularité au détriment d’un camarade.

Nous prenons souvent en considération la victime du harcèlement, mais n’oublions pas que la victime est aussi du côté de celui qui harcèle. Ses actes peuvent être défensifs, même s’ils font souffrir un autre innocent dans son affaire. 

Quels sont les signes qui peuvent alerter du harcèlement scolaire ou du cyberharcèlement ?

Il n’y a pas un signe spécifique pour déceler le harcèlement scolaire dont un enfant peut être victime (ou l’auteur !). Cependant, tous les changements brutaux de l’enfant, du jeune sont des signes qui doivent interpeller ! Qu’ils soient dans son rapport à vous, parents, à l’entourage, au monde en général. Ils s’exprimeront de différentes façons :

  • Son sommeil est perturbé (votre enfant n’arrive plus à s’endormir ou à se réveiller, se réfugie dans le sommeil).
  • Sa façon de se nourrir (refuge dans la nourriture ou appétit coupé).
  • Maux du corps (tête, ventre, énurésie…), angoisses le dimanche soir, à l’approche de la rentrée scolaire.
  • Chutes des notes spectaculaires (l’enfant n’est psychiquement plus disponible, il est accaparé par ses peurs, les menaces… il ne peut plus se concentrer dans les apprentissages scolaires).
  • Un changement dans le caractère de votre enfant. Par exemple il est habituellement plutôt calme, il va devenir anxieux, agité, voire agressif. Il peut aussi devenir passif, s’enfermer, rester en retrait, se montrer indifférent, se détourner de ses centres d’intérêts habituels…
  • Ses émotions sont exacerbées : tristesse, colères excessives…
  • Des traces sur le corps (le harcèlement peut être physique). Là, il s’agit d’intervenir rapidement.

Cette liste n’est pas exhaustive d’autant qu’il n’y a pas forcément de signes en soi indiquant la situation du harcèlement scolaire. Ce sont des indices qu’il convient de prendre en compte mais à remettre aussi dans la complexité de l’adolescence. Le jeune peut présenter ces changements d’humeurs, d’attitudes vis-à-vis de vous, sans qu’il y ait de violences morales ou physiques. Il s’agit de rester attentif à son enfant, à ce qu’il vous manifeste indirectement. Pour ses propres raisons, il tentera de vous le cacher.

Comment faire la part des choses ? Harcèlement scolaire ou pas ?

Comme nous venons de le souligner, toutes ces manifestations ne signent pas le harcèlement. D’autant quand le jeune arrive à l’adolescence, qui est un passage, un remaniement, une interrogation de son identité. Il peut donc aussi être en retrait vis-à-vis de vous. Manifester une baisse d’élan vers les centres d’intérêt de sa jeunesse. Se détourner de certains amis,…

Sans être dans le questionnaire intrusif, vous connaissez aussi votre enfant !

En primaire, il n’est pas non plus aisé de bien percevoir ce qui relève de l’embrouille passagère et de la dérive possible. C’est votre vigilance et le temps qui vous indiqueront la nature des choses. Car une des données du harcèlement est qu’il se répète (il s’inscrit sur plusieurs jours, semaines, mois…). Evidement, les liens et échanges avec les instituteurs/institutrices sont importants.

Il convient de toujours prendre et entendre sérieusement la parole ou l’état émotionnel de votre enfant. Même silencieux.

Comment concevoir la loi du silence qui règne dans le harcèlement scolaire ?

Dans cette épreuve, le silence est omniprésent. Le silence de l’enfant harcelé, le silence du témoin (souvent la peur de dénoncer ou qu’il subisse le même sort), le silence des adultes aussi (et oui, occupés ailleurs, consciemment ou inconsciemment, ils n’ont pas vu ou pris la mesure des actes et des conséquences…).

L’omerta même devient aussi la « violence » du harcèlement, quel que soit sa forme d’expression !

Le silence s’installe face à la peur, la sidération aussi des actes et la domination. Le pouvoir de celui qui harcèle sur l’autre, qui malgré lui subit. Avec souvent l’impossibilité de dire quelque chose et le dénoncer. Il y a une pression très particulière, sournoise et étouffée liée au harcèlement.

Et puis, dans cette infortune, l’enfant éprouve durement sa propre solitude. Ceci par ces attaques répétées et fatigantes qui touchent profondément les racines de son être. En effet, ce lien devient délétère et toxique. Cette épreuve opère une coupure avec les autres et aussi avec lui-même. Il y aura aussi un sentiment de mésestime par l’impuissance à parler, penser, agir.

La violence à son égard n’est pas pensable. Il rencontre la violence d’autrui, de son agresseur. La confiance est abîmée. Quelque chose est brisé et cela s’inscrit dans ce lourd couvercle du silence.

L’enfant éprouve durement sa propre solitude et la violence à son égard n’est pas pensable.

Les attaques répétées et fatigantes touchent profondément les racines de son être.

Le changement d’école, de collège ou de lycée est-il la solution ?

Le changement d’établissement est une solution possible et qui peut être demandé par le jeune. Cette décision va être vaine si le point initial sur lequel a reposé le harcèlement n’a pas été parlé. Il doit être pris en compte, réfléchit par le jeune et son entourage.

En effet, le point sensible peut appartenir à la famille. L’enfant peut porter une charge familiale et par loyautés ne peut rien en dire à ses parents. Par ex, une situation financière difficile mettant mal à l’aise l’enfant au regard des autres, un handicap physique….

Les changements de lieux et de fréquentations ne modifieront pas forcément les interactions de l’enfant avec les autres. De plus, l’enfant risque d’arriver en situation de vulnérabilité. Il ne connait pas l’établissement et est encore fragilisé par ce qu’il a subit. Le changement doit avoir été accompagné avec l’enfant sinon il emmène avec lui ce poids éprouvant.

Du coté des parents ?

Très souvent, l’enfant le cache à ses parents. Pour diverses raisons :

  • la honte (n’oublions pas le caractère destructeur des moqueries et des insultes),
  • par protection (ne pas faire de peine à ses parents, si la pression touche une particularité familiale par ex),
  • la peur (l’enfant a pu être menacé),
  • il éprouve de la culpabilité,
  • il craint une intervention de la part de ses parents, ce qui selon lui risquerait d’aggraver sa situation.

Cependant quand le parent soupçonne que son enfant subi un harcèlement, il y a à l’aborder, avec tact. L’enfant doit avoir l’assurance que le parent est garant de sa sécurité. Que celui-ci respectera aussi sa façon de réagir (vigilance aux paroles injonctives). En effet, votre enfant fait ce qu’il peut face à cette pression. Elle est devenue permanente et accapare ses pensées. Une action à sa place et sans échanges avec lui renforcerait son statut de victime.

Il n’y a pas de réponse unique quant à la façon de procéder et désamorcer la situation. Cela sera au cas par cas avec votre enfant et l’aider à puiser dans ses propres ressources ou inventions. Cependant, l’écoute, le soutien, l’implication concernée crée un maillage précieux.

Et le cyber-harcèlement ? 

Depuis quelques années, un autre mode d’expression du harcèlement se dessine sur la toile des réseaux dit sociaux.

Là où le harcèlement scolaire pouvait s’arrêter dans les faits à la porte de la maison, le cyberharcèlement franchit les espaces. Le harcèlement s’infiltre dans la vie du jeune par son hyper-connexion à son portable (comme bien souvent ses propres parents !).

La maison, l’intimité de la chambre ne peuvent plus être des lieux de sécurité et de répit. L’espace familial ne fait plus limite. Il y a un continuum.

Les agressions sont aussi dans les échanges virtuels : par la diffusion des images, les commentaires indélicats, voire les insultes. De plus le virtuel a un impact d’une autre envergure par sa prépondérance du regard. Ainsi que l’immédiateté dans la diffusion d’une rumeur, d’une vidéo privée… Le privé passe sur la scène publique avec un caractère immaitrisable.

En ayant accès au monde depuis sa chambre, les limites et les frontières sont floues. Le harcèlement devient alors omniprésent et diffus… et cela sous le nez des parents, de la famille.

Et les dérives sur le Web ?

L’écran du portable et parfois un pseudo font qu’il n’y a plus de filtres ni barrières. Ainsi les propos ne sont plus voilés. Ils circulent très vite et sont de plus en plus violents. Ils peuvent aussi déraper dans l’insulte.

L’insulte est grave, elle touche non seulement au corps même, mais aussi l’identité, l’être du jeune. Les propos haineux détruisent, réduisent l’autre au néant. Ils peuvent entrainer de graves dégâts par la puissance des mots, ici des mots destructeurs, des mots qui figent.

Les conséquences sont elles traumatiques ?

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Le harcèlement touche à l’intégrité et peut laisser des séquelles importantes.

Car les remarques sont venues réveiller ou révéler des blessures émotionnelles très douloureuses.

Le harcèlement est une violence psychique très importante (qu’il y ait des coups physiques ou pas). Le harcèlement touche à l’intégrité et peut laisser des séquelles importantes. En effet, même résolu dans les faits il peut continuer de hanter la vie émotionnelle du jeune.

Car les attaques sont venues réveiller ou révéler des blessures émotionnelles très douloureuses. Nous avons tous des traumatismes et subir une agression vient rencontrer cette ligne de faille personnelle. Les souffrances de l’être sont repérables par nos ressentis. Comme se sentir rejeté, trahi, manipulé, abandonné, humilié par un abus de pouvoir, en éprouver de l’injustice… Nous tenons nos affects pour la réalité.

Nous sommes orientés par nos propres blessures, il faut du temps pour s’apercevoir. Ainsi le harcèlement peut avoir des répercussions sur ses choix futurs, affecter sa vie amoureuse, amicale… Mais ces conséquences n’appartiennent pas qu’au harcèlement.

Nos pensées et nos choix façonnent notre vie. Au gré du mouvement même de la vie et des rencontres placées sur nos chemins et notre façon d’y répondre.

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Cet article et cette émission sont un éclairage, car le sujet prend toujours une forme singulière parmi ces grandes lignes.

Encore une fois, le sujet du harcèlement scolaire est un sujet à prendre au sérieux.

Je suis disponible pour vous recevoir et échanger avec vous en consultation.

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Ressources pour les enfants et leurs parents

Cette liste de suggestions n’est pas exhaustive. Ces propositions peuvent vous aider dans la compréhension et servir de supports avec votre enfant.

Littérature sur le harcèlement scolaire :

Quelques propositions parmi tant d’autres que vous pourrez trouver en librairies ou bibliothèques :

  • Livre « rouge » de Jan De Kinder

https://www.hachette.fr/actualites/rouge-comment-aborder-le-harcelement-lecole

  • Livre dans la série « Max et Lili » de Dominique de Saint Mars

https://www.editionscalligram.com/99-lili-est-harcelee-a-l-ecole.html

  • Livre “La violence à l’école – déceler et comprendre la souffrance de l’enfant et de l’adolescent pour mieux le protéger” de Marie-Jeanne Trouchaud

https://www.editions-eyrolles.com/Livre/9782212564556/la-violence-a-l-ecole

Fiche pédagogique sur le harcèlement scolaire :

https://didier-jeunesse.com/sites/default/files/fichepedagogiquebleusaucartable_v2.pdf

L’auteur parle de toutes la complexité du  harcèlement scolaire (être populaire, inégalités sociales, violences…)

Sites internet pour protéger du harcèlement scolaire et cyberharcèlement :

https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr (ministère de l’éducation nationale) et ce numéro vert 3020 “non au harcèlement” + le numéro vert “net écoute” : 0800 200 000

et le numéro ci-dessous pour la protection des mineures face au cyberharcèlement

http://temoignages.francetv.fr

(Recueils de témoignages)