Ah la joie des vacances d’été. Un rendez-vous annuel qui bien souvent nous remplit de joie. La joie de la coupure avec le rythme du quotidien, du travail. Et probablement aussi la joie de partir, voyager, découvrir d’autres paysages extérieurs, sortir de chez soi. Ou peut-être aussi la joie d’un temps de pause, de repos pour aller à la rencontre de son propre paysage intérieur.
La joie des grandes vacances
Vous souvenez-vous de ce temps de l’enfance où l’été était « les grandes vacances » ? Elles duraient longtemps, deux mois entiers. Une éternité quand on est enfant.

Se réjouir de l’arrêt. L’arrêt de l’école, des devoirs, des levers tôt. S’y invitait probablement l’ennui. Ce temps long où il n’y a plus rien à faire. Cet entre-deux, avant que l’idée ingénieuse surgisse ou que l’activité suivante arrive. Ce moment d’être avec soi et qui nous poussait à être inventif. Ces instants se conjuguaient au présent bien souvent. Car l’enfance a la sagesse innocente de la pleine présence. Et nous pousse très simplement à jouer avec un presque rien en étant attentif à son environnement. Observer comme une contemplation.
Les très jeunes enfants d’aujourd’hui ont-ils encore la chance d’expérimenter le temps de cette manière ? Une qualité de présence pleine, profonde. Car il est certain que les vacances sont attendues. Elles posent un rythme, voire un repère, échelonne un calendrier. Les vacances donnent un sens au travail ou conforte une croyance instaurée comme par exemple, après le travail le réconfort, la récompense, le jeu j’y ai droit ayant beaucoup travaillé… Et puis il y a aussi les ressentis physiques, psychiques d’une pause vitale dans nos vies saturées de choses à faire, d’obligations à remplir, de penser sans cesse à l’après, prévoir, organiser…
Être en vacances et en joie ?
Cependant, il nous faut un temps nécessaire pour se sentir en vacances. Si dans le calendrier le jour de l’arrêt du travail, des études donne la main au jour suivant, le jour des vacances, celles-ci ne peuvent être une case à cocher. Ne se vivent pas dans le mental. En effet, le mode vacances implique se mettre soi-même dans la vacance. Cet espace inoccupé et vacant. Il nous est, cependant et bien souvent, le plus difficile à occuper. En effet, ce temps estival devient lui-même saturé de choses à visiter, à faire.
Le monde moderne propose le divertissement. Une multitude de propositions s’offre à nous et parfois nous ne savons que choisir. Nous laissant de nouveau, devant le vertige du choix, de l’anticipation, du calcul de ce qui serait bon de visiter, d’acheter… pour « profiter » de nos vacances, ne pas les rater. Comme une quête de bonus, de bonheur pendant ces vacances.

En effet, comme l’exprime très bien, Jorge Mario Bergoglio (pape François) dans son livre Sois heureux, p 291: « un vrai repos n’est jamais simple ». Nous invitant à reconnaitre « le vrai repos du faux ». Aussi, il nous appartient de percevoir ce qui est de la distraction, de « l’évasion » écrit-il, du détournement de soi et du besoin vital de retrouver sa joie. Sa nature unique et profonde.
Les addictions signent le malaise grandissant de cette coupure de soi, de son existence. Provoquant ainsi une « existence anesthésiée par le divertissement » p291. Signant là, la difficulté humaine à se retrouver seul avec soi-même, que de nombreux penseurs, écrivains ont soulevée. Le rapport aux réseaux sociaux aliène. L’usage addictif au téléphone portable s’insère parfaitement dans cette complexité existentielle.
La joie des vacances mais de quelle joie parle t’on ?
La joie d’être, comme une réponse au vivant. Comme une reliance à notre nature véritable. A ne pas confondre avec l’émotion de la joie issue des biens matériels, des plaisirs fugaces. Cette joie-là est éphémère. De passage et s’évanouit sitôt que l’activité ou ce qui l’a suscité passe. De cette joie dépendante de l’instant suit la mélancolie, l’insatisfaction, la tristesse… Non que ces ressentis soient néfastes à nos vies. Au contraire, ils sont l’indicateurs que nous nous sommes éloignés de nous-même.
En réalité, nous avons une profonde méconnaissance de ce qu’est la joie. La confondant ainsi avec le plaisir immédiat éprouvé par l’extérieur. Notre société instaurant un rapport au temps de l’immédiateté, la joie serait le plaisir instantané et dans une recherche insatiable. Toujours en quête et assoiffé par la distraction, la possession, le gain, le toujours plus de …
Et si nous pouvions envisager la joie comme un état d’être permanent, qui ne dépendrait donc que de soi ? Cela renverserait la perspective de la dépendance, si nous sommes bien nés au bon endroit de la Terre, dans la bonne famille, ayant la bonne école, travail…
La joie des vacances : vivre la joie
Pour cela, il nous faudrait concevoir et chercher la joie au-delà de l’instantané, de l’avoir, des plaisirs futiles, au-delà des moyens habituels de penser, de concevoir notre rapport à la vie.
Aussi, entreprendre un tel chemin demandera un certain effort. En effet, si nous partons du postulat que la joie est notre véritable nature, comment en sommes-nous arrivés à perdre le lien avec cette joie pleine et profonde d’être au monde ? d’être en vie ?
Bien sur, la réalité de la vie sur Terre, nous met aussi à l’épreuve par des difficultés rencontrées, des souffrances éprouvées et ce dès le plus jeune âge. La vie sur Terre est ainsi faite. Très tôt, par peur de ne pas être aimé, de ne pas être accepté, nous captons ce qu’il faut faire, faut devenir. Construisant ainsi et bien souvent inconsciemment une personnalité, un égo qui nous éloignera de notre créativité, de notre potentiel, de notre essence, de notre âme.
Qui plus est, il est nous est plus facile de verser dans la facilité, la plainte, la négativité… qui nous enjoignent à rester prisonnier de l’autre à qui l’on s’adresse espérant être sauver ou tout au moins capter l’attention. Et conforter cet état victimaire.
En effet, être dans un état de joie intérieure demande des efforts !
La joie des vacances : la joie demande vigilance et efforts
Je cite Thomas Vinau, ici, ça va, p64 : « la joie est belle. La joie est simple. Avec le temps je vois ça comme une sorte de sport. De régime. Une discipline. Une acuité du cœur et de l’œil. Il y a des ressources considérables à puiser là-dedans. De la force. De la beauté. De la vérité. Pourtant ce n’et pas une situation confortable. Elle demande de la vigilance. De la volonté. Pas de forcer les choses, non, mais de faire attention. Il est bien plus confortable d’être négatif. C’est naturel et on trouve toujours de quoi faire pour se tirer vers le bas. Aujourd’hui, je veux faire attention à ce que je vois. A ce que je touche. A ce que je goûte. Aux variations de la lumière. Aux odeurs. Aux mots… »

Et oui, la joie est aussi puissante que fragile, elle nous demande un effort constant. Celui de se relier à soi. Celui de se souvenir de soi, de nos origines que nos premiers mois, premières années portaient. Nous incarnions cette joie, mais elle a progressivement glissé sous la peur de ne pas être aimé. Confronté à l’amour conditionnel porté par l’éducation (transmissions des propres blessures de nos parents et ancêtres), par la culture/religion (où il nous a été transmis la vision de la faute sous l’angle punitif du péché) nous nous sommes déracinés de notre joie.
Nous restons attachés à l’inconfort par peur de la joie ?
La joie nous a été enlevée autant que nous nous en sommes éloignés. Nous sommes sortis de notre chemin de joie. Et comme le nomme Thomas Vinau, revenir à la joie nous demande une attention particulière, une vigilance de l’instant, de tous les instants. Où il nous est facile de plonger dans la complaisance de la négativité. Pourtant si lourde.
Blanche de Richemont, le souffle du Maitre, p 92, écrit « Nous aimons nos chaînes. Nos fondations douloureuses priment sur notre désir de bonheur. Nous préférons souffrir par peur de l’inconnu ». Prenant appui sur le cantique des oiseaux du poète soufi Attâr, où la Huppe, guide spirituel encourage les oiseaux à entreprendre le voyage vers le divin, pour se libérer de leurs attachements et démons… seuls quelques oiseaux osent entreprendre ce voyage qui se révèle intérieur. Entreprendre le voyage vers sa propre beauté. Car celui-ci demande de l’effort, il n’est pas confortable, comme l’écrit plus haut Thomas Vinau.
Vacances, joie … quel lien ?
Ce texte a commencé par la période dans laquelle nous sommes, les vacances. Tranquillement, se sont invités un questionnement sur ce temps-là masqué par les divertissements, une réflexion sur la joie véritable, une ouverture vers le chemin intérieur possible dans nos moments de vacances, d’arrêt.

Alors, comment retrouver trace de cette joie, qui nous constitue ? comment l’ancrer dans notre quotidien ? et percevoir les vacances comme le moment possible pour aller à la rencontre de notre joie, cette partie précieuse. Ce don, cette grâce joyeuse qui nous anime.
Elle demande une certaine disposition d’esprit, de corps aussi. Car la joie, pour la voir fleurir dans sa vie, a besoin d’être semée, nourrie, arrosée par petites touches quotidiennement.
Elle peut renaitre quand nous dansons, chantons, observons pleinement et contemplons la nature. Et aussi dans les moments ou nous décidons de lire, peindre, dessiner, jardiner, cuisiner… toutes ces activités qui nous invitent à l’imagination et dans lesquelles nous ressentons du bien-être. Cet état où on se sent relié à soi par nos mains qui créent, façonnent. Mais aussi relié à plus grand que soi, comme étant en contact avec un état de grâce divine, nous sortant de la lourdeur de la tâche. Nous sentant dans un mouvement qui nous dépasse, l’inspiration.
La joie renait aussi comme le phénix renait de ses cendres.
Les épreuves, les expériences, la prise de recul, l’avancée personnelle deviennent une donnée sur son chemin de vie. Et non plus l’engouffrement lourd et victimaire, forgeant ainsi une évolution spirituelle.
La joie en est l’indicateur. Tout simplement. Et gardons à l’esprit que la joie pure, véritable est simple, facile. Elle se loge dans la multitude des détails de notre quotidien. elle nous demande simplement un déplacement intérieur dans notre façon d’être.
La joie est extraordinairement ordinaire.
Alors et si vos vacances étaient le début, ou le moment d’ancrer la joie. Non, en vous abrutissant d’explorations divertissantes comme évoqué, mais tout simplement en reprenant ce que le mot vacances veut dire « vacare (latin) » : « être libre, vide, temps de repos.
C’est ainsi dans le repos véritable, le vide, la présence, le silence que l’on peut vivre sa propre joie. L’ancrer pour y revenir souvent et pour la vibrer au-delà des vacances. En faire aussi son allié, être son propre allié.
Pensons à nous amuser aussi, nous chantera la joie.